Diane Gilliard une militante contre les « hold up » de biens communs PDF Imprimer E-mail
Mardi, 01 Février 2005 13:33
Il y a quelques années déjà que Diane Gilliard assure une présence combative au conseil communal de Lausanne. Depuis quelques temps, on sent chez elle, une farouche volonté de provocation, celle de poser des questions de fond dans un cénacle qui en a perdu l'habitude. Attention, cette POP & Gauche en mouvement est 2ème vice-présidente du conseil'

Diane GilliardRésistance : Tu as milité pendant des années dans divers mouvements d'extrême-gauche avant de rejoindre le POP & Gauche en mouvement, comment vois-tu ce parcours militant ?

Diane Gilliard : J'ai commencé à militer très jeune, vers 16 ans. Pour moi, cela allait de soi, car ma mère était membre du parti et très intéressée par toutes les questions politiques, et elle m'expliquait beaucoup de choses. J'ai commencé à faire les « Marches de Pâques » avec le mouvement contre la bombe atomique et la guerre au Vietnam. Ensuite, c'était 68, J'ai rejoint les Jeunesses progressistes du POP qui ont se sont scindées en 1969. Une branche a rejoint la Ligue marxiste révolutionnaire, l'autre à laquelle J'ai immédiatement adhéré, a créé « Rupture » dans une vision très critique à l'égard de la « vieille gauche », qui deviendra ensuite « maoïste ». c'est dans ce cadre que nous avons fondé, notamment avec Nicole Haas, ce qui deviendra le MLF, puis Femmes en lutte, sur une position « féministe de classe » ( !). Nous nous sommes ensuite, tout naturellement, beaucoup engagées dans la lutte pour le droit à l'avortement.

Dans ces années militantes, entre 1968 et 1985, J'étais férocement opposée à toute politique parlementaire. Le vrai militantisme, pour moi, était à la base, dans ce que nous appelions le mouvement de masse. Nous avons vécu des moments superbes, notamment avec l'expansion du mouvement féministe et pour le droit à l'avortement. J'y ai beaucoup appris, J'ai même lu Marx, Engels et Lénine, même si mes connaissances politiques, au sens institutionnel, sont restées assez bric-et-broc pendant toutes ces années. Il m'en reste des positions assez radicales sur la société et la domination de classe, qui ne font que se renforcer depuis quelques années au vu de la violence de l'attaque menée au nom de l'idéologie libérale.

Sur le plan institutionnel, tu es conseillère communale à Lausanne. Y vois-tu une tribune ?

J'ai rejoint le Conseil communal, après une dizaine d'années d'inactivité militante quasi-totale, un peu par hasard. J'ai mis au moins une année avant de me convaincre qu'on pouvait peut-être y faire quelque chose : J'étais atterrée par le caractère « technico-boutiquier » des débats, d'où les enjeux politiques étaient soigneusement évacués. Après six ans de présence au Conseil, je reste convaincue que la voie parlementaire n'a rien à voir avec la conquête du pouvoir ! En revanche, J'ai commencé à comprendre que nous pouvions parfois bloquer certaines décisions défavorables à la majorité des habitants. Et qu'ici ou là, nous pouvions faire quelques modestes propositions positives ? mais c'est plus difficile. En fait, le plus important à mes yeux est que nous pouvons relayer les revendications des mouvements sociaux et mettre au jour les man½uvres, les passivités et la complicité avec les puissants de ceux qui disent « on vit dans une société de marché, il faut l'accepter, c'est comme ça ».

Qu'est ce qui te passionne le plus en ce moment dans le combat politique ?

Aujourd'hui, ce qui me passionne le plus, c'est de comprendre ! Comprendre comment s'articule le maillage serré que nous tricotent les puissants afin d'organiser, de maintenir et ? espèrent-ils ? de perpétuer le gigantesque hold up sur les biens communs qu'ils ont entrepris depuis trente ans. Mais comprendre n'est pas pour moi une activité livresque et solitaire! c'est comprendre pour expliquer, faire savoir, trouver des armes pour résister à cette organisation sociale totalitaire qui étend son contrôle bientôt sur tous les aspects de la vie.

Pour le moment, mon travail à Genève m'empêche de militer au quotidien dans les mouvements concrets à Lausanne, par exemple contre le renvoi des requérants déboutés. Mais pour quand J'aurai le temps (!), je projette de travailler avec des chômeurs, des RMRistes et des assistés (les syndicats et les partis s'en préoccupent peu de manière concrète, parce qu'en effet ils sont très difficiles à organiser) pour combattre cette atroce idéologie de la « réinsertion par le travail », seul salut pour qui veut être « autonome » et « responsable ». c'est une machine idéologique d'une violence extrême à laquelle il est très difficile de résister : car qui voudrait être désinséré, dépendant et irresponsable ?

d'autre part, je souhaiterais retrouver et contribuer à recréer, avec des camarades, un climat de débat philosophico-politique tel que je l'ai connu dans mes jeunes années militantes. Ca ne veut pas dire que c'est compliqué, mais seulement qu'on prend un peu de distance avec l'agenda politique officiel. Sinon, on se définit un peu trop par rapport aux autres groupes et partis et on se contente vite de positions tactiques. Du moins il me semble?

Est-ce que tu crois que le POP a un rôle à jouer dans le rassemblement de la "gauche combative" ?

Je suis nulle dans les stratégies électorales. Ca ne m'intéresse pas du tout. En revanche, je suis convaincue que les forces politiques et sociales qui s'opposent radicalement à l'ordre des choses existant peuvent et doivent se rassembler (et pourquoi pas pour créer des blocs dans les parlements) en passant par-dessus quelques divergences doctrinales. Ce devrait être possible si chaque groupe, parti, association ou groupuscule peut garder, par ailleurs, sa singularité. Alors oui, le POP pourrait jouer un rôle dans un tel projet. d'ailleurs, J'ai cru comprendre qu'il était déjà quasiment en route?

Propos recueillis par Josef Zisyadis
 
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