Suisse : après le Covid-19, à Lausanne, des élus demandent l’ouverture d’une maison close

Article paru sur TV5 Monde, le 25.05.2020

Les travailleurs et travailleuses du sexe n’ont pas échappé à l’impact du Covid-19. En Suisse, toutes les activités de prostitution, où elle est légale, ont été interdites depuis la mi-mars à l’échelon national. Pas de clients, plus de précarité. Pour mieux encadrer le métier, des conseillers communaux de gauche de Lausanne relancent l’idée d’ouvrir une maison close.

L’information est relayée par le site 24H.ch.  Préoccupés par la situation des travailleuses du sexe, des conseillers de gauche interpellent la municipalité de Lausanne sur sa politique en matière de prostitution. Leur situation difficile, aggravée par la crise du coronavirus,  n’est pas tout à fait nouvelle. En février 2019, l’association Fleur de Pavé, qui les représente à Lausanne, déplorait une perte de contact après la réduction de la zone de racolage. Voilà deux ans, en effet, que Lausanne a réduit sa zone dédiée à la prostitution de rue dans le quartier de Sévelin, ancien quartier de friches industrielles en plein mutation.

La cohabitation entre une nouvelle catégorie de résidents et les prostitué.es est devenue litigieuse. Le 15 avril 2018, la zone de racolage autorisée est passée de 1700 mètres linéaires à 700, afin d’éloigner les travailleuses et travailleurs du sexe des espaces résidentiels. Fleur de Pavé faisait alors état de ses craintes sur une possible perte de clientèle et une plus grande insécurité. A cette époque, un élu de gauche Alain Hubler (Ensemble à Gauche) annonçait que son groupe ne lâcherait pas la Ville sur la prostitution de rue. Depuis, l’imprévisible épidémie de Covid n’a fait qu’aggraver la situation et les élus reviennent à la charge.

Dès le 16 mars 2020, pour éviter la propagation du coronavirus, la prostitution est bannie du quartier. Sans revenu, les prostituées sont dans une situation économique très difficile et la crainte des élus est de voir ces travailleuses du sexe verser dans la clandestinité, avec les risques induits : maltraitance, maladies….

En Suisse, la prostitution est légale, considérée comme une forme d’activité économique indépendante, et les gains sont soumis à l’impôt. Le cas d’une pandémie a même été prévu : dans cette éventualité, les personnes qui disposent d’un permis d’établissement ont théoriquement droit aux indemnités de l’assurance perte de gain (APG).

Une activité légale, mais précaire

Qu’en est-il réellement de l’aide apportée pendant la crise du Covid-19 ? Interrogée par 24H.CH, la mairie a répondu : « La Ville a maintenu entièrement son soutien à l’association Fleur de Pavé, soit 281 000 francs par an. L’aide apportée aux indépendants peut être complétée par un revenu d’insertion temporaire. » Un dispositif qui concerne tous les citoyen.nes suisses. Problème : tous les travailleurs et travailleuses du sexe ne sont pas des nationaux, comme ne l’ignore pas la municipalité. « Une grande majorité de ces personnes ont une autorisation de travail de 90 jours. Les ressortissants de l’espace Schengen n’ont, dans ce cas, pas droit aux allocations pour perte de gain. Une cagnotte a été organisée par Fleur de Pavé, et Lausanne Région y a contribué ».

Réponse qui ne satisfait pas Xavier Company, coprésident des Verts lausannois : « Une grande partie des prostitué.es n’aura pas le droit à une aide de l’État, notamment celles et ceux qui ne sont pas en situation régulière ».

Et l’élu d’interpeller la municipalité via le site des Verts : « Quelles mesures la municipalité prend-elle ou entend-elle prendre pour assurer la sécurité des travailleuses et travailleurs du sexe et diminuer leur précarité, notamment en termes de protection sur le terrain, de mise à disposition d’abris, de suivi médical, de nouvelles formations professionnelles, de régularisation du séjour, etc. ?  »

Après la restriction de la zone de prostitution autorisée, une partie du Conseil communal avait obtenu qu’un état des lieux soit fait « dans un délai de deux ans ». Aujourd’hui, des conseillers communaux de gauche, trois Verts et deux Ensemble à Gauche rappellent cette promesse et proposent notamment l’ouverture d’une maison close, façon pour eux de répondre à la double urgence sanitaire et sociale. « C’est non seulement une solution adaptée mais c’est surtout la seule, selon Céline Misiego, députée  POP au Grand Conseil vaudois.  Il faut mettre à disposition des locaux et en organiser la gestion, par un service de la ville ou une coopérative, puisque les associations ont déjà dit qu’elles ne voulaient pas endosserce rôle-là. Une telle structure ne résoudra pas la traite d’êtres humains, qui implique d’autres moyens, mais elle sera bénéfique sur les plans sécuritaire et sanitaire. »

Terriennes

Suisse : après le Covid-19, à Lausanne, des élus demandent l’ouverture d’une maison close

Prostitution Lausanne

Prostitution Lausanne
©RTS

Les travailleurs et travailleuses du sexe n’ont pas échappé à l’impact du Covid-19. En Suisse, toutes les activités de prostitution, où elle est légale, ont été interdites depuis la mi-mars à l’échelon national. Pas de clients, plus de précarité. Pour mieux encadrer le métier, des conseillers communaux de gauche de Lausanne relancent l’idée d’ouvrir une maison close.

L’information est relayée par le site 24H.ch.  Préoccupés par la situation des travailleuses du sexe, des conseillers de gauche interpellent la municipalité de Lausanne sur sa politique en matière de prostitution. Leur situation difficile, aggravée par la crise du coronavirus,  n’est pas tout à fait nouvelle. En février 2019, l’association Fleur de Pavé, qui les représente à Lausanne, déplorait une perte de contact après la réduction de la zone de racolage. Voilà deux ans, en effet, que Lausanne a réduit sa zone dédiée à la prostitution de rue dans le quartier de Sévelin, ancien quartier de friches industrielles en plein mutation.

La cohabitation entre une nouvelle catégorie de résidents et les prostitué.es est devenue litigieuse. Le 15 avril 2018, la zone de racolage autorisée est passée de 1700 mètres linéaires à 700, afin d’éloigner les travailleuses et travailleurs du sexe des espaces résidentiels. Fleur de Pavé faisait alors état de ses craintes sur une possible perte de clientèle et une plus grande insécurité. A cette époque, un élu de gauche Alain Hubler (Ensemble à Gauche) annonçait que son groupe ne lâcherait pas la Ville sur la prostitution de rue. Depuis, l’imprévisible épidémie de Covid n’a fait qu’aggraver la situation et les élus reviennent à la charge.

Une cagnotte a été organisée par Fleur de Pavé, et Lausanne Région y a contribué
Pierre-Antoine Hildbrand, conseiller municipal lausannois

Dès le 16 mars 2020, pour éviter la propagation du coronavirus, la prostitution est bannie du quartier. Sans revenu, les prostituées sont dans une situation économique très difficile et la crainte des élus est de voir ces travailleuses du sexe verser dans la clandestinité, avec les risques induits : maltraitance, maladies….

En Suisse, la prostitution est légale, considérée comme une forme d’activité économique indépendante, et les gains sont soumis à l’impôt. Le cas d’une pandémie a même été prévu : dans cette éventualité, les personnes qui disposent d’un permis d’établissement ont théoriquement droit aux indemnités de l’assurance perte de gain (APG).

Une activité légale, mais précaire

Qu’en est-il réellement de l’aide apportée pendant la crise du Covid-19 ? Interrogée par 24H.CH, la mairie a répondu : « La Ville a maintenu entièrement son soutien à l’association Fleur de Pavé, soit 281 000 francs par an. L’aide apportée aux indépendants peut être complétée par un revenu d’insertion temporaire. » Un dispositif qui concerne tous les citoyen.nes suisses. Problème : tous les travailleurs et travailleuses du sexe ne sont pas des nationaux, comme ne l’ignore pas la municipalité. « Une grande majorité de ces personnes ont une autorisation de travail de 90 jours. Les ressortissants de l’espace Schengen n’ont, dans ce cas, pas droit aux allocations pour perte de gain. Une cagnotte a été organisée par Fleur de Pavé, et Lausanne Région y a contribué ».

Xavier Company, conseiller Verts

Xavier Company, conseiller Verts
©Les Verts Lausanne

Réponse qui ne satisfait pas Xavier Company, coprésident des Verts lausannois : « Une grande partie des prostitué.es n’aura pas le droit à une aide de l’État, notamment celles et ceux qui ne sont pas en situation régulière ».

Et l’élu d’interpeller la municipalité via le site des Verts : « Quelles mesures la municipalité prend-elle ou entend-elle prendre pour assurer la sécurité des travailleuses et travailleurs du sexe et diminuer leur précarité, notamment en termes de protection sur le terrain, de mise à disposition d’abris, de suivi médical, de nouvelles formations professionnelles, de régularisation du séjour, etc. ?  »

Les maisons closes ne résoudront pas la traite d’êtres humains, mais elles seront bénéfiques sur les plans sécuritaire et sanitaire
Céline Misiego du Parti ouvrier et populaire, le POP
Céline Misiego élue POP

Céline Misiego élue POP
©Parti Ouvrier Populaire Vaudois

Après la restriction de la zone de prostitution autorisée, une partie du Conseil communal avait obtenu qu’un état des lieux soit fait « dans un délai de deux ans ». Aujourd’hui, des conseillers communaux de gauche, trois Verts et deux Ensemble à Gauche rappellent cette promesse et proposent notamment l’ouverture d’une maison close, façon pour eux de répondre à la double urgence sanitaire et sociale. « C’est non seulement une solution adaptée mais c’est surtout la seule, selon Céline Misiego, députée  POP au Grand Conseil vaudois.  Il faut mettre à disposition des locaux et en organiser la gestion, par un service de la ville ou une coopérative, puisque les associations ont déjà dit qu’elles ne voulaient pas endosserce rôle-là. Une telle structure ne résoudra pas la traite d’êtres humains, qui implique d’autres moyens, mais elle sera bénéfique sur les plans sécuritaire et sanitaire. »

Interdiction de la prostitution = misère

Entre le 13 mars dans le canton de Vaud, auquel appartient Lausanne, et le 16 mars à Genève, toutes les activités de prostitution ont été interdites à l’échelon national. Ce qui a donné licence aux clients indélicats ou maltraitants de pratiquer toutes sortes d’abus en toute impunité. « 50% sont gentils et très généreux, et il y a les autres, témoigne anonymement une prostituée excercant dans l’illégalité.  Au début, ils paient, puis ils reprennent l’argent. Si on proteste, ils disent : ‘Tu veux te plaindre à la police ? Vas-y, tu prendras une amende.' »

Une nouvelle association des professionnels du sexe, Demi-Mondaine, relaie sur son site l’inquiétude des femmes : « Les travailleur(ses) sont en train de parler de revenir en arrière sur des méthodes déjà vite oubliées : la rue. Dos au mur, sans aucune clarté, sans nourriture, elles expliquent que la rue sera à nouveau leur terrain de jeu dans le but premier de survivre s’il n’y a aucun assouplissement du conseil fédéral dans un futur proche. »

L’ objectif de l’association est clairement énoncé sur leur page FaceBook : « Nous demandons à l’Office fédéral de la santé publique et aux autorités compétentes de ne pas prolonger l’interdiction des activités de prostitution au-delà du 7 juin 2020. » Demi-Mondaine tente de mettre au point une charte sanitaire de bonne conduite pour obtenir une réouverture « le plus rapidement et la plus hygiénique possible » des lieux d’excercice de la prostitution.

Quant à la création d’une maison close demandée par les conseillers communaux sus-cités, la réponse du responsable de l’Économie et de la Sécurité de Lausanne, Pierre-Antoine Hildbrand, reste très circonspecte : « Il est clair qu’un tel projet, s’il était lancé, devrait principalement être porté par une coopérative de travailleurs et de travailleuses du sexe, ou une association. La municipalité n’a pas vocation à se transformer en tenancier de maison close. » Ou comment renvoyer la patate chaude aux envoyeuses (et envoyeurs)…