Interpellation : Est-ce bien la police qui fait la police dans nos rues ?

Au début de l’été, les Lausannois-es ont pu voir dans leur rue d’inhabituels agents uniformés en patrouille à Lausanne:  » gants, casquette et rangers noirs, six agents privés au look dissuasif patrouillent depuis lundi dans les rues de la capitale vaudoise » selon le 24 Heures du 19.06.2018. Leur mission : « arpenter les quartiers réputés pour le deal de rue, s’enquérir auprès des commerçants de la situation, et le cas échéant faire se déplacer les dealers par le dialogue », selon le 24Heures du 22.06.2018. Des agents de sécurité pour le domaine privé, et des forces de police pour le domaine public: la séparation se doit de rester claire, malgré l’aspect patibulaire des agents privés et leur transit sur le domaine public.

 

Dans les faits, la délimitation entre sécurité publique et surveillance privée semble beaucoup plus floue. Le porte-à-porte des commerçants par les agents privés correspondrait plutôt à des rondes de quartier, visant la présence dans les rues et non dans les commerces. Ces rondes ne se sont apparemment pas non plus limitée à une présence dissuasive et ont abouti, selon certains témoignages, à des interpellations où police et agents privés intervenaient côte à côte. Le danger du développement de milices privées a déjà été évoqué dans ce Conseil. L’intervention dans les rues d’agents de sécurité privé à des fins de dissuasion, voire de répression, paraît contredire les engagements pris précédemment par la Municipalité.

 

Nous posons donc les questions suivantes:

– La Municipalité a-t-elle été prévenue de cette intervention privée et l’a-t-elle approuvée ?

– La Municipalité s’est-elle assurée que la mission se limitait comme annoncé à la visite porte-à-porte des commerçants et au dialogue avec des dealers présumés pour leur demander de quitter les lieux ?

– Est-ce que la Municipalité peut nous informer des instances de recours, de plainte ou de dénonciations à disposition des personnes qui seraient victimes de mauvais traitements, pris à partie ou assimilés à tort à des dealers par ces agents privés?

– La Municipalité peut-elle confirmer ou infirmer les témoignages évoquant des interpellations policières conjointes avec des agents de sécurité ?

– Comment la Municipalité compte-t-elle garantir le monopole public de l’usage de la force et prévenir la formation de patrouilles privées sur le domaine public ?

Céline Misiego