Imaginez être une personne ouvrière de nationalité portugaise qui gagne 566€ par mois (salaire minimum) et n’arrive pas à subvenir aux besoins de sa famille puisque cette somme ne suffit pas pour arriver à la fin du mois. Vous décidez donc, puisque vous avez un ami en Suisse, d’émigrer pour avoir une meilleure vie. Après avoir quitté toute votre culture, votre village et vos amis, vous trouvez un travail pour vous et votre compagne/on (sous-payé puisque vos papiers ne sont pas entièrement reconnus). Un jour vous êtes un peu pressé pour aller au travail et vous recevez une amende très lourde pour avoir roulé trop vite, vous payez et vous oubliez cela pendant quelque temps. Mais après quelques mois, rentrant du travail très tard, la police vous arrête à nouveau et vous vous emportez avec un policier, fatigué par le travail. Voilà un cas où la menace d’être expulsé pourrait tomber sur votre famille, même si vous n’avez plus personne dans votre pays d’origine, si l’initiative de « mise en oeuvre » du renvoi des criminels étrangers sera acceptée.

Selon cette initiative, il serait judicieux de traiter une personne de nationalité suisse et celle d’une autre nationalité de façon différente, belle démonstration d’une Suisse équilibrée et qui donne ce qu’elle a reçu lorsque ses ressortissants ont émigré partout dans le monde le siècle passé. Est-ce intelligent et intéressant de traiter deux personnes résidentes sur le même sol avec des droits différents alors que ce sont des êtres humains simplement nés dans un autre pays ? Rappelons par ailleurs que ces règles seront valables aussi pour les secondes générations, être né en Suisse ne suffit pas (et se naturaliser coûte jusqu’à 3100 francs, argent que toutes les familles n’ont pas à disposition).

 

Selon l’argumentaire de l’UDC ce pamphlet qui veut s’arracher le droit de légiférer au lieu du Parlement, serait équilibré et respecterait le droit international et la CEDH (Convention Européenne des Droits Humains), alors que ces mêmes lois internationales s’apprêtent à être attaquées par voie d’initiative par le même parti qui dit les respecter avec cette initiative. C’est pour cela que plusieurs ONG crient pour rappeler que la CEDH est mise en danger avec ce texte, et avec elle tout ce qui fait de la Suisse un pays d’accueil, ouvert et de droit. Tout ceci est remis en discussion avec cette loi.

 

Mais au final de quoi parlons-nous vraiment avec cette initiative ?

Encore une fois les travailleuses/eurs se retrouvent à débattre et à se disputer entre elles/eux pour décider si c’est acceptable de traiter différemment une personne qui n’a pas eu la « chance » de naître dans cette nation, enfantée par deux personnes nées ici. Différencier les personnes avec un passeport rouge et celles qui n’en ont pas, c’est une manière de plus de désolidariser les personnes (surtout en cette période où les migrants sont en difficulté) et distraire du vrai problème qui divise les patrons et les travailleurs et la pauvreté que cette différence de classe engendre.

 

Ne nous laissons pas avoir par les faux arguments des initiants, cette initiative est discriminatoire et inutile, elle court circuite les travaux du Parlement et elle veut rendre les personnes non suisses (même celles nées en Suisse, de deuxième génération, mais pas naturalisées) des citoyens de deuxième rang. Disons non à cette loi qui va trop loin !