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Pour les élections communales de 2016, le popiste de 36 ans entrera en lice pour succéder à Marc Vuilleumier à l’exécutif de la Ville de Lausanne.

Interview

Le 28 février auront lieu les élections communales vaudoises. A Lausanne, celles-ci prendront une tournure particulière du fait que deux poids lourds de la Municipalité de Lausanne ne se représenteront pas. L’écologiste Daniel Brélaz, syndic de la capitale vaudoise depuis 2001, et le popiste Marc Vuilleumier, élu depuis 2006 à la Municipalité, ne brigueront pas de nouveau mandats. Alors que les socialistes présenteront leurs trois sortants (Grégoire Junod, Oscar Tosato et Florence Germond) et que les Verts proposeront au suffrage populaire le sortant Jean-Yves Pidoux et la prétendante Natacha Litzistorf, directrice de l’association de développement durable Equiterre, le jeune David Payot devrait entrer en lice pour le POP& Gauche en mouvement afin de succéder à Marc Vuilleumier.

Licencié en psychologie sociale de l’université de Lausanne, conseiller communal, très engagé dans la cause des réfugiés, le fils de l’ancien communal Pierre Payot travaille actuellement comme assistant social à l’AVIVO-Vaud à Lausanne. Pour ces élections où la gauche entend maintenir ses six sièges à la Municipalité, le projet d’une liste commune de la gauche dès le premier tour fait son chemin et devrait être ratifié par les trois composantes de la gauche.

Qu’est ce qui vous pousse à vous présenter à la Municipalité en remplacement de Marc Vuilleumier?

DAVID PAYOT
Pour faire passer un changement politique, nous devons utiliser les outils que la démocratie met à notre disposition. A mon sens, la participation à un exécutif lausannois en fait partie. C’est l’occasion de briser le consensus qui peut intervenir entre droite et centre-gauche sur certains sujets. Et c’est l’occasion aussi de faire passer un certain nombre de nos propositions. Dans le bilan de Marc Vuilleumier, on peut notamment relever l’engagement pour des démarches participatives, développées dans plusieurs quartiers. Par contre, un siège dans un exécutif n’est pas l’aboutissement de notre politique! C’est un rôle complexe, car le municipal se trouve à la fois à représenter son parti, avec tout l’engagement possible, et à représenter une commune, dans le respect de la diversité d’opinions. Face à cela, le parti doit continuer de défendre ses sujets dans la rue et au parlement communal, et ne doit pas se priver de critiquer les choix municipaux!

Contrairement à la droite, aux Verts et aux socialistes, nous ne sacrifions pas nos idéaux pour des sièges dans les exécutifs. Il y a à mon avis une complémentarité entre une action militante, parlementaire et gouvernementale; et c’est en jouant sur les différents registres que nous pouvons avancer.

 

Quels seront vos axes des campagnes et les combats que vous mettrez en avant?
A court terme, nous devrons nous engager sur les questions de finances publiques, en combattant la 3ème réforme des entreprises (RIE3). La droite, les socialistes et les Verts ont passé une législature à nous imposer des mesures d’assainissement, à exiger un gel des dépenses ou des embauches – sauf pour la police et l’accueil de jour de l’enfance.

Aujourd’hui, avec la RIE3, les mêmes partis s’apprêtent à appauvrir Canton et communes d’un demi-milliard par année, pour garder quelques multinationales qui leur paient environ 300 millions de francs d’impôts. Eux qui prônaient l’équilibre financier comme priorité absolue, s’apprêtent maintenant à créer des déficits. Nous devrons donc combattre cette réforme. Toujours sur le plan financier, Lausanne doit défendre ses investissements, en tant que pouvoir public engagé pour ses citoyens-nes. On reproche souvent à Lausanne son endettement; mais on oublie de dire que cette dette finance en grande partie les investissements de nos services industriels que nous avons défendus contre les privatisations.

Au contraire: de nombreuses communes recourent à notre téléréseau, à notre service du gaz ou à notre chauffage à distance. Nous devrons également défendre un service public de qualité pour la population, et avec de bonnes conditions pour ses travailleurs-ses. La tendance est à demander aux employés-es de faire plus avec moins de moyens, voire à sous-traiter des tâches pour éviter de créer des postes. Nous aurons une bonne représentation des syndicats sur nos listes au conseil communal, et je m’en réjouis!

 

Quels sont vos objectifs plus précis à l’attention des revenus à bas salaire et des jeunes?
En ce qui concerne les conditions de travail, nous demanderons pour commencer à la commune de balayer devant sa porte: examiner les emplois les plus précaires dans  l’administration, et chercher à les améliorer. Grâce à Andrea Eggli, nous avons réussi à « municipaliser » les nettoyeuses, qui étaient autrefois sous-traitées. Il reste aussi d’autres fonctions où la sous-traitance, les contrats de durée déterminée et les temps très partiels sont la règle.

La politique de logement est aussi une thématique importante: la ville doit continuer et renforcer la création de logements abordables. Jusqu’à dix ans en arrière, elle construisait presque exclusivement des logements à loyer contrôlé ou subventionné. Elle a ensuite changé de politique, dans le but d’attirer de «bons contribuables», et propose désormais un tiers de logements à loyers libres, un tiers de subventionnés et un tiers de loyers contrôlés. Mais pour créer des logements à loyer libre, nous pouvons faire confiance au marché privé, la commune n’a pas besoin d’apporter son aide!

La ville pourrait aussi essayer d’appuyer les locataires qui essaient de faire valoir leurs droits: alors que le droit du bail offre des possibilités de baisses de loyers, les prix ne cessent d’augmenter. Il faut informer et encourager les citoyens-nes qui font valoir leurs droits, et mieux contrôler les promoteurs immobiliers, lorsqu’ils soumettent des projets à la commune.

 

Que doit faire Lausanne face aux immigrés et requérants déboutés sans logis à Lausanne?
La politique d’asile connaît un problème au niveau européen: les accords de Schengen/Dublin nous promettaient une politique en deux axes: d’une part, créer une ouverture des frontières à l’intérieur de l’Europe et constituer une « forteresse Europe » en renforçant les frontières extérieures; d’autre part, laisser à chaque pays la liberté de sa politique d’asile, le seul engagement commun étant d’assigner les requérants-es d’asile à leur premier pays de passage.

Or, on peut tirer un constat d’échec sur toute la ligne: la répression aux frontières extérieures se révèle meurtrière et inefficace; l’ouverture des frontières intérieures se trouve remise en question ou suspendue par de nombreux pays; le droit d’asile n’est plus appliqué de manière fiable par une série de pays, mais la Suisse continue d’y renvoyer les requérants-es. Nous ne pouvons continuer de traiter les migrations comme un problème sécuritaire, sans répondre aux enjeux sociaux qui les sous-tendent: pauvreté dans de nombreuses régions d’Europe, guerres et exploitation économique sur de larges parties du globe.

Face à ces problèmes, Lausanne ne peut apporter une solution à elle seule; mais elle peut y contribuer: proposer des hébergements suffisants aux sans-abri qui se trouvent à Lausanne, et ne pas réprimer ceux qui trouvent des solutions telles que le jardin du Sleep-In ou l’usine Heineken. L’idée est de faciliter la cohabitation avec une population précarisée, plutôt que de la réprimer et la pousser encore dans la précarité pour la faire fuir. Et il faut essayer de collaborer avec d’autres localités qui constatent les mêmes problèmes: le collectif des villes-refuge, lancé par Barcelone et Madrid, est un projet dans ce sens. RomaAlliance propose le même genre de démarche par rapport aux Rroms venus d’Europe de l’Est. Les collectivités locales ont une réelle connaissance du terrain, et il faut qu’elles la fassent valoir, face aux cantons et à la Confédération!

Propos recueillis par Joël Depommier pour Gauchebdo

 

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