Depuis la guerre de 1967, Israël a la haute main sur la Palestine. Depuis 45 ans (!), cet état civilisé occupe militairement, avec toute la violence, les exactions et les injustices que cela implique, une terre qui ne lui appartient pas.

Les officiels israéliens répètent pourtant à longueur de temps qu’ils désirent négocier une paix juste!

Je me suis rendu à plusieurs reprises dans la région.

J’ai vu, de mes yeux vu, en Cisjordanie et à Gaza…

…partout l’armée sioniste, les blindés menaçants aux carrefours, partout les check points sur les routes, où l’on passe des heures à attendre le bon plaisir des soldats. J’ai vu une vieille femme, à la sortie d’Hébron, bloquée longtemps dans le sas d’un de ces points de contrôle par de jeunes recrues qui riaient de son désarroi.

…un paysan près de Jenine, dont le champ d’oliviers était coupé en deux par le mur « de sécurité ». Dans celui-ci, une porte en fer portait une pancarte « civilisée » donnant un numéro de téléphone à composer en cas de problème. On pouvait appeler, laisser sonner des journées entières, il n’y avait, bien sûr, jamais personne pour vous répondre…

…dans le Vieux Jérusalem, le quartier israélien qui ronge le quartier arabe, les jeunes femmes des colons qui traversent les souks, arrogantes, entourées de gardes du corps surarmés.

…les routes menant à l’Université de Bir Zeit défoncées par les bulldozers de Tsahal, pour empêcher les étudiants de se rendre à leurs cours.

…dans la bibilothèque de l’Université catholique de Bethléhem, le trou dans le mur fait par une roquette. « Elle n’est pas arrivée par hasard, nous dit la soeur qui nous guidait. Les soldats savent exactement où vont leurs projectiles ».

…partout sur les collines de Cisjordanie, les taches blanches des immeubles des colonies de peuplement.

…à côté de Tulkarem, des maisons arabes au fond d’un vallon, où flottait une pestilence insupportable: les égouts de la colonie installée sur la colline voisine avaient été conçus, sciemment, de telle façon qu’ils se déversaient directement sur ce village.

…à Gaza, les maisons en ruines, les gens mutilés, tout un peuple prisonnier sur sa terre, et des femmes qui parlaient de leur mari, prisonnier politique parmi des milliers d’autres, détenu en Israël au mépris du droit international.

…j’en passe.

Je n’ai rien vu de tout cela de l’autre côté…

… en Israël, pas de tanks palestiniens, pas de check points arabes, pas d’étudiants empêchés de suivre leurs cours par une armée d’occupation, pas de vol des terres par un peuple étranger, pas de drônes ou d’avions prêts à tout moment à abattre les notables ou à détruire les bâtiments officiels, pas de blocus terrestre et maritime imposé par le voisin. Et il n’y a aucun prisonnier politique israélien détenu dans les prisons palestiniennes.

Depuis 45 ans, qui sont les agresseurs, qui sont les terroristes?

Michel Bühler