Il fait partie du corps enseignant de l’Ecole professionnelle de la Société industrielle et commerciale, l’EPSIC, à Lausanne. Ce centre de formation reçoit environ 4300 apprentis venant de tout le canton.

Ouvert, combatif, d’une autorité naturelle ferme et bienveillante, Alain Hubler a le don du contact humain. c’est un atout indispensable pour un enseignant et le syndicaliste de SUD (solidaire-unitaire-démocratique, président aussi du POP-section de Pully. Il a accepté de répondre à nos questions.

Résistance : d’où venez-vous, Alain Hubler ?

Alain Hubler : Je suis Vaudois, né à Lausanne, mais français d’origine. Mon père était en effet alsacien. Il avait appris la profession de boulanger. Mobilisé pendant la guerre, il a été fait prisonnier et a passé cinq ans dans un camp de travail en Silésie, où il fabriquait du pain dans des conditions très difficiles. Il s’est évadé mais a été repris. Quand il est rentré, il a changé de métier et a travaillé en Suisse, sur les voies. Ma mère, elle, tenait un petit magasin de tabac à l’avenue Ruchonnet, à Lausanne. Mes parents n’étaient évidemment pas fortunés et je leur suis très reconnaissant d’avoir, malgré tout, fait les sacrifices nécessaires pour me permettre de poursuivre des études. J’ai une licence en biologie de la Faculté des sciences, ce qui m’a permis d’être nommé à l’EPSIC. Mes élèves sont essentiellement des apprentis, laborantines et laborants qui, dans leur spécialité, doivent avoir des connaissances d’un niveau approximativement semblable à celui des étudiants en médecine de 1ère année.

R. : Quels sont les problèmes rencontrés par les apprentis ?

A. H. : La future nouvelle Loi sur la formation professionnelle ne les protégera pas assez. Son article 7, par exemple, stipule que cette formation, précisément, est « ouverte à la concurrence du marché ». Les apprentis n’y sont jamais considérés comme des étudiants en formation. c’est un texte purement économique qui laisse ces jeunes gens et ces jeunes filles soumis à la Loi sur le travail et au Code des obligations. Ce n’est pas admissible. Je suis syndicaliste. Nous demandons d’abord que les apprentis puissent bénéficier de salaires minimaux. Actuellement, il est seulement « conseillé » à leurs patrons de leur payer entre? 100 et 1200 francs par mois selon les professions ! Le régime des vacances devrait aussi être adapté à la situation de jeunes sortant de l’école et entrant dans la vie active : 10 semaines la première année, puis 8, puis 6. Ainsi ils pourraient s’habituer plus facilement à leur statut qui est à la fois celui d’un étudiant et d’un travailleur. Les patrons devraient encore leur donner un peu de temps pour faire leurs devoirs.

R. : Vous avez parlé de syndicalisme…

A. H. : Oui, je suis président de la Société vaudoise des maîtres de l’enseignement professionnel. Je suis également membre du Comité fédéral du syndicat SUD. La lutte est très claire : nous sommes opposés au nouveau statut envisagé, qui prévoit la suppression des nominations et la généralisation des contrats à durée déterminée. Aujourd’hui, 60% des maîtres ont déjà de tels contrats. Par ailleurs, les contrats de prestation, prévoyant une phase d’essai de deux ans, introduisent des enveloppes budgétaires par école et des indicateurs de performances qui visent aux économies et accroissent le pouvoir, voire l’arbitraire de la hiérarchie. Bref, il s’agit d’introduire la « gestion entrepreneuriale ». La Conseillère d’Etat Francine Jeanprêtre admettait, le 25 mai dernier, dans 24 heures, que « l’Université n’est pas une usine à berlingots », autrement dit : pas une entreprise. Elle serait bien inspirée de défendre une position identique dans l’enseignement professionnel ! Il faudrait aussi limiter les effectifs des classes au niveau de celui des classes à option et des classes de développement. A Neuchâtel, en première année, il n’y a pas plus de 15 élèves. Chez nous, 24 et parfois plus !

R. : Comment en êtes-vous venu à adhérer au POP ?

A. H. : Petit, à l’école déjà, il m’est arrivé de devoir me défendre contre une sorte de « xénophobie » véhiculée par les gosses parce que J’étais Français. Plus tard, à force de se battre pour la défense des droits professionnels, on réfléchit, on finit par se former une opinion politique. Quel autre parti que le POP pouvait répondre à mes aspirations de justice sociale ? En 1998, je me suis présenté aux élections au Grand Conseil, après avoir été élu au Conseil communal sur une liste d’entente, à Belmont où J’habite. A Belmont du reste le POP a récolté 11% des voix aux élections cantonales. Et c’est la commune du district de Lausanne dans laquelle l’assurance-maternité a fait le meilleur score ! Comme président de la section Pully-Lavaux du Parti, et comme membre du Comité directeur, J’en ai été content.

R. : Quelles sont les actions de votre Parti qui vous tiennent à coeur ?

A. H. : Toutes et il y a en beaucoup : l’actuelle lutte pour éviter que les moins bien lotis soient écrasés par des impôts injustes, l’adoption d’un taux unique, et bien d’autres batailles ! La cause des apprentis, en faveur desquels le POP a souvent pris position, doit également être davantage étudiée et défendue : ils sont cinq fois plus nombreux que les étudiants ! Pour terminer, une anecdote qui montre combien il est nécessaire de faire comprendre l’importance de cette cause à l’opinion. Après la grève du 3 février, pendant laquelle nos élèves ont décidé de « débrayer » eux aussi, notre Société des maîtres de l’enseignement professionnel a reçu du patron de la cafétéria (en mains privées) de l’école une demande de dédommagement ! Il estimait que son manque à gagner, du fait de la grève, était imputable aux syndicats ! Bien entendu, nous ne sommes pas entrés en matière. Mais c’est un signe qui montre qu’il faut faire connaître les problèmes des apprentis à l’opinion publique.

Propos recueillis par Michel Buenzod.